VI Congres de lAssociation Mondiale de Psychanalyse : Les objets a dans lexperience analytique

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VI Congres de lAssociation Mondiale de Psychanalyse : Les objets a dans lexperience analytique

  Psychoanalysis Forum / 25, 2008 4:29 pm

BUENOS AIRES – 21/25 avril 2008

Les objets a dans lexpérience analytique
http://www.psychanalyse-en-ligne.org/agenda/evenement.php?id=35
Présentation du thème
Texte de Jacques-Alain Miller
Sur le site : http://www.amp2008.com/fr/template.asp?textos/miller.html

Les enjeux du Congrès de 2008
Texte de Éric Laurent, délégué général de lAMP
Sur le site : http://www.amp2008.com/fr/template.asp?textos/presenta_bn/laurent.html

texte:
Les objets a dans lexpérience analytique
Jacques-Alain Miller [1]


Je vais briser le secret : le titre du prochain congrès de lAMP. Je
brise ce secret avec lindulgence de la Déléguée Générale. Après le
Nom-du-Père , ce sera Les objets a dans lexpérience analytique .
De lUn (le Nom-du-Père), aux autres (les objets a), la conséquence est
bonne. Elle nest pas moins bonne parce quelle prend à lenvers la
conséquence qui se dessine au terme du Séminaire Langoisse et qui va
du a , au singulier, aux Noms-du-Père au pluriel.

Père freudien, père lacanien
Les pages finales du Séminaire Langoisse résonnent dun très singulier
hommage au père, un très singulier éloge du père. Le nom de père y
décore une fonction qui semblerait bien plutôt celle de lanalyste. Il
faut le relire pour le croire. Le père, je cite Lacan dans les
dernières pages de son Séminaire X, est ce sujet qui a été assez loin
dans la réalisation de son désir pour le réintégrer à sa cause , pour
le réintégrer à ce quil y a dirréductible dans la fonction du a
.[2] Cette phrase est suffisante pour faire voir que le père lacanien
nest aucunement le père freudien. Le père freudien, cest celui qui
monte sur la scène de Totem et Tabou et qui sur cette scène écrase le
désir de tout un chacun, domine ce désir, lanéantit. Cest bien un
mythe. Tandis que le père lacanien se veut bien plus près de
lexpérience. Le père lacanien est celui qui accomplit la
normalisation, lhumanisation du désir dans les voies tracées par la
Loi et cela suppose en effet quil ait cessé de méconnaître la fonction
que lobjet a tient dans son désir. Est-ce saugrenu que de le dire ? Le
père qui se lève à la fin de Langoisse, cest ce que nous appelons
aujourdhui lAnalyste de lÉcole. Rien ne dit que Lacan nait pas
conçu lAnalyste de lÉcole comme un Père de lÉcole, au sens où il y a
des Pères de lÉglise. Cest un hommage au lieu où nous sommes, à Rome.
Il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre, mais enfin, le
sujet qui a été assez loin dans la réalisation de son désir pour le
réintégrer à sa cause , je ne vois pas de meilleure définition de ce
que nous espérons des Analystes de lÉcole que nous nommons.

Le Nom-du-Père a dabord été rencontré et prélevé par Lacan au niveau
anthropologique sous létendard de Lévi-Strauss, comme étant le support
de la fonction symbolique qui, depuis lorée des temps historiques,
identifie sa personne à la figure de la Loi. On a retenu ça mais voyons
ce que ça implique en court-circuit quand on se souvient que la Loi et
le désir sont solidaires. Le père de la Loi est nécessairement aussi le
père du désir et la Loi dont il sagit est celle qui est la condition
même de la prospérité du désir. Certes, en évoquant ces phrases de
Lacan que nous lisons aujourdhui nous sommes bien loin de la remise en
cause de la fonction paternelle qui tient laffiche dans nos sociétés
depuis quelques années.

Le formalisme lacanien
Qui ne sait que le Nom-du-Père a été inséré par Lacan dans une formule
linguistique de son cru, celle de la métaphore ? Cette inscription
vaut, comme telle, formalisation. Certes cette formalisation est, si
lon veut, encore en puissance, mais elle invite déjà à la distinction
de la place et de lélément. Premièrement la place dénote la fonction,
deuxièmement lélément est substituable, à la même place, à un autre
élément. Et on pourrait dire que déjà se trouve là en puissance
linscription du Nom-du-Père comme fonction du sinthome. Donc, le
Nom-du-Père, si nous avons pu le mettre à laffiche, avec les petits
tirets qui en font un signifiant blocal , cest parce que cest déjà
une fonction formalisée.

Cest là quil faut sapercevoir que dans le Séminaire Langoisse, où
se déploient dans sa quatrième partie les cinq formes primordiales de
lobjet a, on trouve une théorie du formalisme qui est bien faite pour
en faire vaciller la notion commune. Le formalisme, dit Lacan, ne
serait pour nous absolument rien sans cette part de notre chair qui
reste nécessairement prise dans la machine formelle. Ce morceau, si
lon veut, circule dans le formalisme logique. Cest une part de
soi-même qui est prise dans la machine et qui se trouve à jamais
irrécupérable.

Cette part, que nous nommons a, met en question lensemble du
formalisme comme tel. Elle dessine une limite intérieure irréductible
aux pouvoirs du formalisme. Disons dans notre langage que cette part –
a – sinscrit dans le formalisme, dans la logique, en tant quextime,
cest dire que a vaut comme linformalisable de la structure.

Cette limite, quil avait posée, quil avait fait voir, pourtant Lacan
la franchit. Et on peut dire que les dix Séminaires qui suivront, du
Séminaire XI au Séminaire XX sont consacrés à lédification dune
logique propre à lobjet a. Renversement !

Et je me disais que je pourrais me faire fort de montrer que Lacan a
perdu sa route après le Séminaire X, que ce Séminaire avait placé une
borne aux pouvoirs de la formalisation qui a été ensuite imprudemment
franchie. Mais je ne le dirai pas parce que ce nest pas ce que je
pense.

Il y a déjà dans le Séminaire Langoisse les coordonnées dune
formalisation possible de lobjet a, ne serait-ce que par
lentrecroisement des cercles dEuler qui sert là à distinguer les cinq
formes de lobjet a et dont Lacan donnera dans le Séminaire XI, avec la
construction daliénation et séparation, la forme proprement logique à
ce qui se tisse déjà dans le Séminaire X.





/ Psychanalytica 25, 2008 4:36 pm, 2

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Néanmoins, jusquau Séminaire X et spécialement dans ce Séminaire,
lobjet a dans ses cinq formes jouit dun éclat particulier précisément
parce quil nengrène pas encore sur la machinerie logique et au
contraire représente la part irréductible à ce formalisme.

Vous savez que lobjet a sera pris dans les Séminaires XVI et XVII dans
un jeu permutatif des discours où disparaît toute hétérogénéité de a,
et cela se paye dans lenseignement de Lacan dune vacillation, dun
reniement, qui consiste à trouver en définitive dans le Séminaire XX
Encore, que a est une fonction trop pâle, trop rétrécie, trop
signifiante, trop débile pour désigner ce quil en est de la
jouissance. Il mest arrivé de faire cours sur ce chapitre du Séminaire
XX où en toutes lettres se lit que lobjet a est insuffisant à rendre
compte de la jouissance et que vient ainsi sinscrire, au milieu dun
triangle, une protubérance informe sur laquelle est écrit seulement
jouissance . Et les Séminaires qui suivront ce Séminaire XX cesseront
davoir recours au formalisme patiemment construit durant les vingt
années précédentes. Il en reste des morceaux, des pièces éparses, mais
comme si Lacan renouait après son Séminaire XX avec une perspective
quil avait dessinée dans son Séminaire X.

La logique incarnée des objets a
Alors, pour notre Congrès à venir, nous serons au milieu de cette
bibliothèque, puisque cest dans Lacan que nous allons chercher comment
y faire avec les symboles quil nous a laissés.

Eh bien, je propose que pour ce Congrès nous nous laissions plutôt
guider par le Séminaire Langoisse, et en particulier par sa quatrième
partie, Les cinq formes de lobjet a .

Là, chacune de ses formes est épelée, mais elle est épelée dans le
corps. Chacune de ces formes de lobjet a est épelée comme un morceau
de corps. Le a napparaît pas comme le produit dune structure
articulée, mais comme le produit dun corps morcelé. Sans doute ces
objets répondent-ils à une structure commune, structure de bord,
structure de bouture, mais dans le Séminaire Langoisse, ces structures
sont enracinées dans le corps.

On peut aller plus loin encore jusquà marquer que le corps est découpé
par la structure linguistique, on peut relever les isomorphismes entre
le corps et la structure, mais cest dans le Séminaire Langoisse que
lon voit les objet a capturés par Lacan à même le corps. Donc, si nous
avons à parler des objets a dans lexpérience analytique, essayons de
rendre compte de la présence du corps dans le discours analysant.

Ca nest pas moins logique, mais cest une logique incarnée.

Le Séminaire XI auquel jai fait allusion propose une formalisation des
objet a et un partage qui place dun côté les fonctions symboliques de
lidentification et du refoulement, (cest ce que jai reconnu dans le
terme daliénation), et de lautre, répond linscription en
intersection de lobjet a. À partir de là, dans cette construction de
laliénation et de la séparation qui est comme le résumé des résultats
du Séminaire Langoisse et de ses petits cercles dEuler, là commence
lhistoire de la logification de lobjet a.

Les cinq objets a naturels
Dans le Séminaire Langoisse, si nous nous tenons en deçà de cette
limite, la liste des cinq objets est faite des trois objets freudiens –
lobjet oral, lobjet anal, lobjet phallique – et des deux objets
lacaniens – lobjet scopique et lobjet vocal – et ces cinq sont
ensemble ce que Lacan appelle les objets a naturels . Lacan a assez
ébranlé notre compréhension de la nature pour quon ait à préciser ce
quil faut entendre par là, sans perdre le bénéfice de ce mot de
naturel . Il faut entendre par là quils proviennent dun corps
morcelé, dont ils sont les chutes. Alors, je ne vais pas refaire la
liste de ces cinq objets en y mettant mon grain de sel, je me
contenterai de signaler ici quelques bougés de lélaboration de Lacan,
puisque cest souvent dans ces interstices que nous parvenons à obtenir
du nouveau.

Par exemple, lobjet oral. Dans le Séminaire Langoisse, le clivage est
fait pour Lacan entre le mamelon, la pointe du sein, et le sein comme
nourricier. Il y voit là deux points originels : accroché au mamelon,
le point du désir érotique et, accroché au sein nourricier (cest moi
qui ajoute nourricier mais enfin, ça va de soi), le point
dangoisse qui senlève sur la satisfaction de nourriture espérée du
sein. Et donc cest ici le manque de la satisfaction qui fait
distinguer le point où langoisse peut surgir du point où cest le
désir qui se trouve attrapé. Vous trouverez ça à sa place dans le
Séminaire Langoisse, mais dans la version écrite que Lacan donne de ce
passage dans son texte Position de linconscient on ne retrouve
plus présent le mamelon, et cest le sein comme tel qui apparaît comme
ce morceau de corps retiré à lenfant au moment du sevrage et dans la
perspective de la castration. Ces deux versions ne se recouvrent pas
exactement, et dailleurs je peux encore préciser que pour ce qui est
de la liste des objets a, le mamelon en tant que différent du sein
continue de figurer dans le texte antérieur Subversion du sujet et
dialectique du désir .

Pour ce qui est de lobjet anal, je rappellerai seulement que Lacan
privilégie son abord dans la perspective de lidéal, cest-à-dire de la
sublimation. Pour lobjet phallique, il est tellement inséré dans le
corps que Lacan présente dans Langoisse une physiologie du pénis et
branche sa construction sur la nature évanescente de lérection.

Les deux autres objets dus à Lacan sont, eux, à situer dans la
dialectique du désir et non pas au niveau de la demande et comme étant,
en quelque sorte, en prise directe avec la division du sujet, comme
faisant corps avec cette division, comme présentifiant, dans le champ
de la perception, la partie libidinale qui en est éludée. Il faut noter
ici un petit tangage entre œil et regard : cest la fonction de lœil
qui est privilégiée dans Langoisse , tandis que dans le Séminaire XI
cest bien lobjet regard qui est détaché, comme objet immanent de la
pulsion scopique. Cela comporte chez Lacan une critique du stade du
miroir, pour autant que la valeur du regard comme celle de la voix sont
recouverts par la relation spéculaire et si Lacan est si souvent
revenu, avec une sorte de prédilection, sur le scopique, cest
précisément parce quil voit là, si jose dire, la relation la plus
leurrante du sujet quant à lobjet a, qui se trouve comme disparu,
éclipsé dans la vision, et de telle sorte que le sujet méconnaît plus
que jamais ce quil perd dans ce quil croit être contemplation.

Et donc Lacan, de séminaire en séminaire, a traqué cet objet scopique,
immanent à la pulsion, et cet objet, dans le champ le plus ouvert de la
vision, se trouve être justement sa part cachée. On trouve chez Lacan
aussi une critique précise de la position spéculaire, la position où je
me reconnais, moi, dans le miroir et où je me reconnais avec un autre
comme partageant les qualités dêtres semblables. Cette reconnaissance
que nous partageons de notre qualité dêtre des semblables a pour
conséquence logique la méconnaissance du a, du je ne sais pas quel
objet je suis pour lAutre . Je vous renvoie sur ce point précisément
au dernier chapitre de Langoisse.

Et il y a aussi lobjet vocal, dont Lacan indique que lexemple majeur,
le guide pour lexploration, est donné par la voix psychotique,
précisément par la voix inaudible.

Voilà quels sont les cinq objets a, disons, de la nature. Cest là un des registres des objets a.

Objets de la culture, objets de la sublimation
Le second registre est fait des équivalents des premiers dans la
culture. A côté des objets naturels du corps morcelé, chacun donne lieu
à une fabrication dobjets cessibles qui se fait à partir des objets
naturels.

Et cest ainsi que lon reproduit les images, on les stocke ; de la
même façon on véhicule la voix, on lenregistre, et sur lœil et sur la
voix aujourdhui de grandes industries se sont édifiées.

Lanal est le cessible par excellence et on peut dire que tout ce qui
est ici stocké, entreposé, pris en masse, vire à lobjet anal.

Quant à lobjet oral, on sait assez le détraquement du rapport du sujet
à lobjet oral induit par les mœurs alimentaires de la modernité
contemporaine.

Et enfin, on peut ajouter maintenant concernant lobjet phallique le
complément quappelait cette liste : toute une industrie pharmaceutique
sest désormais édifiée sur les phénomènes de détumescence qui sont par
Lacan mis au cœur de son élaboration du phallus évanescent.

Dans un troisième registre, après les objets a naturels et les
équivalents des premiers dans la culture, nous ferons entrer tous les
objets de la sublimation, tous les objets qui peuvent venir à la place
de lobjet perdu comme tel, cest-à-dire qui peuvent venir à la place
de la Chose. Là, il faut reconnaître à Duchamp son génie du ready-made
qui montre ce que lart doit à sa reconnaissance dans un contexte.

Voilà les trois registres qui me semblent se distinguer dans labord des objets a.

Lobjet cause
Et lobjet cause, où est-il ? Ce que Lacan appelle lobjet cause
dans sa différence davec lobjet intention, lequel garde sa valeur au
niveau du conscient, cest ce qui chez Freud sappelle la zone érogène.
Lobjet cause, au contraire de lobjet intention, est par structure
caché et méconnu.

Et on parlera aussi de lanalyste. Si lanalyste peut être assimilé à
lobjet a, cest en tant quobjet cause dune analyse et pour autant
quil a levé la méconnaissance de lobjet a, cest-à-dire ici la
méconnaissance de son acte.

Lobjet a a comme tel la priorité dans le champ de la réalisation
subjective, et le premier des objets à céder, concernant lacte, cest
ce qui de toujours, note Lacan, dans la théologie morale sest appelé
les œuvres.

Eh bien, pour revenir au début de cette présentation, pour un analyste,
ses analysants, même couronnés du titre dAnalyste de lÉcole, ne sont
pas ses œuvres.

Lœuvre, sil y en a une, lopus, lopus est au-delà. Merci.

Notas
1- Présentation du thème du prochain Congrès de lAMP fait à Rome, le 15 juillet 2006.
2- Jacques Lacan, Le Séminaire, livre X, lAngoisse, Paris : Seuil, 2004, p. 389.


VI Congrès de lAssociation Mondiale de Psychanalyse
Lieu : Buenos Aires
Contact : Voir adresse site - http://www.amp2008.com/fr/template.asp?global/contacto.html
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Job/hobbies : Psychologist - Psychanalyste en formation
Registration date : 04/03/2008

   

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